31/01/2012 — 18:22
La lumière se massait autour d’eux, une lumière issue d’un étrange feu sans chaleur, et elle s’entendit crier, prononcer son nom, lui dire des mots doux, des mots enfantins, lui dire qu’il était merveilleux, des mots tout droit sortis d’un rêve, importants à cause de leur musique, de leur sonorité, plutôt que pour leur sens. A nouveau, elle sentit monter une vague noire dans son ventre. Cette fois-ci, elle la chevaucha et se laissa emporter au loin.
Griaule, un énorme dragon terrassé par un sorcier il y a très longtemps, est resté figé. La végétation et la vie des humains ont fini par le recouvrir et le fondre dans le paysage. Le monstre continue pourtant d’agir sur ce qui l’entoure.
La forme: solide, même si partois des niveaux de langue ne sont pas respectés et ont des effets curieux. Quelques facilités ou raccourics narratifs, aussi, mais qui ne nuisent en rien à la tenue de l’ensemble. Shepard possède un sens indéniable et impressionnant du rythme dans l’élan global de l’exposition, du développement et de la conclusion.
Le fond: d’une force et d’une originalité rares. Le propos, humain et politique, est d’une grande pertinence.
Au final, un roman vertigineux commis par un vrai écrivain.
C’est pour moi.
Le dragon Griaule, Lucius Shepard, éd. Le Bélial’, sept. 2011.
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13/09/2011 — 10:45
Quelque chose d’indiciblement ancien soulève le monde grâce au levier que nous formons.
La localité de Two Rivers bascule, à la suite d’une explosion dans son centre de recherche militaire, vers un univers parallèle.
La forme: pour moi, plate, convenue au possible, émaillée de poncifs. Les personnages ne vivent pas, les décors sont plus posés que déterminés et déterminants; la psychologie des différents protagonistes est totalement survolée — bradée. Enfin, l’univers parallèle dans lequel tombe Two Rivers tout entier a bien du mal à exister.
Le fond: un salmigondis de religiosité rehaussé d’un support scientifique finalement dispensable, en ce qui me concerne.
Au final, un roman que j’ai lu jusqu’à son terme par son seul sens du rythme. Mais c’est bien tout. Malheureusement pour monsieur Wilson, je ne suis pas croyant.
Ce n’est pas pour moi.
Mysterium, R. C. Wilson, FolioSF n° 405.
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12/08/2011 — 07:46
Il n’y aura pas eu de miracle: je n’ai pas pu aller au-delà de la toute première partie du livre.
Platitude du style – on est loin, mais alors très loin, à mes yeux, du sens de l’ambiance d’un Dick ou de la densité d’un Ballard -, approximations formelles diverses (pour ce que j’en ai lu); histoire cent fois développée, autant de fois rebattue, sans aucun intérêt en ce qui me concerne.
Dumay m’avait confié dans un courriel: « Normalement tu devrais DETESTER Julian… » Non, et c’est encore pire: je n’en pense rien.
Ce n’est pas pour moi.
Julian, R. C. Wilson, Lunes d’encre.
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03/05/2011 — 10:33
Elle s’arrêta. Ses yeux si charmants se voilèrent.
- Car je suis bien au paradis, n’est-ce pas?
Joseph lui prit la main. C’était celle d’une poupée de porcelaine mais il essaya de la réchauffer un peu. Il approcha son visage comme s’il allait dire un secret.
- Où êtes-vous? Qu’y a-t-il autour de vous?
Il y eut un silence. Joseph s’imaginait qu’elle tournait la tête et regardait autour d’elle.
Joseph, jeune prêtre qui dialogue avec les morts, va se retrouver propulsé au beau milieu d’un complot mêlant politique, communisme et démons du Tartare.
La forme: correcte à mes yeux. Peut-être une gestion psychologique des personnages un peu rapide et prévisible, et quelques insistances formelles (les fameux « implexes« ) inutiles, au bout du compte.
Le fond: une approche et un traitement originaux de la mort. Mais surtout, surtout, une réelle générosité d’écriture. Depotte croit à ce qu’il écrit et y prend du plaisir. Et pour moi, c’est essentiel.
Au final, un roman captivant. Depotte est à sa place dans sa propre histoire. Il ne s’écoute pas écrire, il nous entraîne avec lui.
C’est pour moi.
Les démons de Paris, J.-P. Depotte, FolioSF n° 396.
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02/04/2011 — 15:54
Il est plus que probable que deux romans de flibuste d’affilée étaient finalement trop pour moi.
Je me suis donc arrêté au 19ème chapitre du Déchronologue. Vaincu par le ton des dialogues très « film de cape et d’épée façon A. Hunebelle des années 60″. Que je n’ai jamais pu supporter. Et cela n’engage que moi, bien sûr.
J’aurai lu les 19 chapitres dans l’ordre numérique, ne me conformant pas à la disposition éclatée proposée par l’édition.
Ce n’est décidément pas pour moi.
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