Le dragon Griaule
La lumière se massait autour d’eux, une lumière issue d’un étrange feu sans chaleur, et elle s’entendit crier, prononcer son nom, lui dire des mots doux, des mots enfantins, lui dire qu’il était merveilleux, des mots tout droit sortis d’un rêve, importants à cause de leur musique, de leur sonorité, plutôt que pour leur sens. A nouveau, elle sentit monter une vague noire dans son ventre. Cette fois-ci, elle la chevaucha et se laissa emporter au loin.
Griaule, un énorme dragon terrassé par un sorcier il y a très longtemps, est resté figé. La végétation et la vie des humains ont fini par le recouvrir et le fondre dans le paysage. Le monstre continue pourtant d’agir sur ce qui l’entoure.
La forme: solide, même si partois des niveaux de langue ne sont pas respectés et ont des effets curieux. Quelques facilités ou raccourics narratifs, aussi, mais qui ne nuisent en rien à la tenue de l’ensemble. Shepard possède un sens indéniable et impressionnant du rythme dans l’élan global de l’exposition, du développement et de la conclusion.
Le fond: d’une force et d’une originalité rares. Le propos, humain et politique, est d’une grande pertinence.
Au final, un roman vertigineux commis par un vrai écrivain.
C’est pour moi.
Le dragon Griaule, Lucius Shepard, éd. Le Bélial’, sept. 2011.